Stefano Pilati, enfin libre chez Yves Saint Laurent


Stefano Pilati, enfin libre chez Yves Saint Laurent

Par Lydia Bacrie et Anne-Laure Quilleriet,


Stefano Pilati en backstage lors du défilé Yves Saint Laurent printemps-été 2011.
(DR/Yves Saint Laurent)

Loin des discours préfabriqués, le créateur italien, qui assure la direction artistique d’Yves Saint Laurent depuis 2004, se livre sans fausse pudeur.

Un mot qui pourrait définir votre collection printemps-été 2011?

L’exotisme. C’est un mot absolu dans le vocabulaire Saint Laurent, depuis la fin des années 1960. J’avais envie de le traiter dans une acception cosmopolite. J’ai travaillé autour de la collection africaine de 1967, qui a tant marqué les esprits, le mien aussi. Chose étonnante, on parle de collection africaine, mais cela concernait seulement 13 robes sur 110 passages. Le défilé commençait avec des carreaux, des marguerites, des rayures tennis et se terminait avec les plumes et le raphia. Ce qui est impensable aujourd’hui!

J’ai voulu toucher de loin les références en en simplifiant la lecture, dans un respect de cette élégance et sans les intellectualiser. J’ai ajouté ma vision de l’exotisme dans les coupes, l’utilisation du tissu, les accessoires, l’imprimé, les couleurs, les sables et la palette des noirs. Ce que j’ai vraiment pris de Monsieur Saint Laurent, c’est le petit col montant des robes Bambara, sans l’ornementation. Peut-être que maintenant je me sens plus à l’aise avec des références d’archives un peu plus nettes. Jusqu’à la saison passée, je ne le faisais pas trop.
Stefano Pilati, enfin libre chez Yves Saint Laurent

Backstage du défilé printemps-été 2011.
(Photos:DR/Yves Saint Laurent)

Qu’est-ce qui vous a poussé à cette démarche?

J’ai toujours pensé que la disparition d’Yves Saint Laurent ne changerait pas mon approche mais, pour dire vrai, cela a fait basculer toute la grandeur de son héritage dans un imaginaire commun. Et, en cette saison où beaucoup de gens s’en revendiquent, je me suis dit que je pouvais aussi m’autoriser à cet exercice.

Aujourd’hui, on peut s’inspirer de Coco Chanel sans faire du tort à Karl Lagerfeld. J’ai l’impression de me sentir plus libre pour regarder le travail d’Yves Saint Laurent. J’avais envie de montrer que jouer avec ses codes de façon un peu plus visible n’atteignait pas mon intégrité de designer. Du coup, je suis assez satisfait, car je me suis respecté dans ma recherche sur les coupes et les volumes.
Stefano Pilati, enfin libre chez Yves Saint Laurent

Stefano Pilati.

Photo:Willy Vanderperre/Yves Saint Laurent

L’élément déclencheur, dans cette envie d’exotisme?

Je suis allé à Santa Fe à une grande foire d’art populaire organisée par l’Unesco, où est présenté le travail d’une centaine de tribus: des dentelles, des imprimés, des tissus avec un savoir-faire qui fait vivre les villages, loin de notre système industriel. J’y ai acheté des étoffes que je voulais utiliser pour des pièces uniques de défilé. Je ne l’ai pas fait, mais j’en ai gardé l’esprit. Peut-être une prochaine fois! Yves Saint Laurent, lui, utilisait l’artisanat marocain, il choisissait des cuirs, des passementeries. Mais c’était destiné à la haute couture, hors de l’industrie.

Yves Saint Laurent a beaucoup nourri sa mode de ses voyages, réels ou imaginaires. Et vous?

J’ai la chance de voyager mais, la plupart du temps, je le fais pour me reposer. Mon voyage idéal, c’est de m’allonger sur la plage, devant la mer, sans livre, sans musique, sans personne. Juste m’en nourrir, pour me recharger. J’imagine que si j’allais au Népal, par exemple, je reviendrais enrichi de l’utilisation de certaines matières et de costumes.

Et puis, aujourd’hui, on est nourri d’images sans même se déplacer. C’est une démarche particulière de partir chercher une inspiration. Ma formation est différente. Quand j’étais chez Armani, puis chez Prada, à Milan, on m’a appris à tout faire sortir de ma tête, sans même l’apport des livres. A partir plutôt de mots ou de sensations, et cela m’est resté. Chez moi, il y a toujours un sentiment qui guide mon inspiration. Après, je cherche à le traduire rationnellement.
Stefano Pilati, enfin libre chez Yves Saint Laurent

Backstage du défilé printemps-été 2011.

DR/Yves Saint Laurent

De l’idée au vêtement, quel est votre processus de création?

J’exprime des envies concrètes par rapport à un travail sur la coupe avant de rechercher les tissus. Dans ma dernière collection, l’Afrique est très stylisée dans sa manifestation artistique. Des chaussures aux décolletés, les coupes sont très nettes, pour reprendre l’esprit de la statuaire. Je lance des idées sur les volumes, après m’arrivent les toiles, qui me permettent d’analyser un montage, le travail d’un col, d’une manche. Je prends ces différents éléments et souvent je dessine ensuite pour expliquer mon intention.

A quel moment avez-vous douté?

Le seul doute, c’était de savoir jusqu’où pousser la notion d’érotisme. Je préfère ce mot à sexy, qui est vieux et fatigué. La culture africaine a un rapport à l’érotisme très direct et assumé, proche de l’esprit Saint Laurent. En travaillant là-dessus, j’ai développé des découpes plus franches. Au final, je les ai un peu atténuées sur le défilé. L’époque d’Yves Saint Laurent encourageait les chocs et les ruptures. Mais, dans une période où la technologie bouscule nos repères en permanence, la mode doit être plus rassurante. Voilà pourquoi j’ai un peu recalibré mon travail, sans en trahir l’idée.

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Source:l’Express.fr/styles

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